La version longue
Pendant des années, j'étais une collection de symptômes déconnectés.
Mon histoire n'a pas commencé par une idée de produit. Elle a commencé par un corps auquel je ne pouvais plus totalement faire confiance.
Après des impacts liés au sport, j'ai vécu pendant des années avec des symptômes difficiles à expliquer quand on n'a pas de blessure visible : vertiges, brouillard cérébral, fatigue visuelle, maux de tête, intolérance aux écrans, et des journées où le prix d'un effort trop intense n'apparaissait que plusieurs heures plus tard.
Le plus frustrant n'était pas l'absence d'écoute. Le plus frustrant, c'était que chaque piste avait sa propre logique étroite. Une consultation se concentrait sur les oreilles. Une autre sur les yeux. Une autre sur le sommeil, le stress, l'anxiété, les allergies, une infection ou la fatigue. J'ai fait des tests, des suivis et des hypothèses au Maroc, en France et au Canada. Certains résultats revenaient normaux. Certains traitements aidaient un moment. Rien ne me donnait un système.
J'ai appris à vivre comme l'enquêteur de mon propre système nerveux. Un long sprint de code pouvait sembler correct pendant que je le faisais, puis me punir plus tard. Un entraînement très intense pouvait être exaltant, puis ramener les vertiges après quelques heures devant l'ordinateur. Quelques mauvaises nuits de sommeil pouvaient transformer un problème d'équilibre en brouillard cérébral. La lecture, les jeux vidéo, le code projeté sur un mur, l'air sec, les allergies et la fatigue visuelle sont tous devenus des suspects.
C'est une manière très solitaire de récupérer. On finit par collectionner des fragments : un médicament qui a aidé une fois, un test d'audiologie qui élimine une piste, un physiothérapeute qui calme un épisode, un examen de la vue qui ne montre aucune maladie évidente, un carnet rempli de corrélations peut-être vraies et peut-être fausses.
L'examen de la vue qui a changé la direction
Le tournant est arrivé presque par hasard. Pendant un examen de la vue, un optométriste a reconnu dans ce que je décrivais un schéma compatible avec le syndrome post-commotionnel. Ce n'était pas magique. Les symptômes n'ont pas disparu d'un coup. Mais les pièces se sont enfin connectées : les vertiges, la fatigue visuelle, le brouillard cérébral, les rechutes retardées après un effort trop intense, et la façon dont les écrans ou le mouvement pouvaient déclencher tout le système.
Cette rencontre a transformé la question. Ce n'était plus : "qu'est-ce qui ne va pas cette fois-ci ?" C'était plutôt : "quels systèmes faut-il réentraîner, doser, mesurer et faire progresser ?"
Le parcours de guérison qui a suivi était moins spectaculaire qu'on l'imagine. C'était de la structure. De la rééducation vestibulaire. Des exercices oculaires. Apprendre quand pousser et quand reculer. Surveiller les symptômes avant qu'ils deviennent une rechute. Construire la tolérance progressivement au lieu de traiter la récupération comme un test de volonté.
Pourquoi j'ai créé EyeRehab
Quand j'ai commencé à aller mieux, le développeur logiciel en moi ne pouvait pas ignorer le problème évident : on demande aux patients de faire la partie la plus importante de leur récupération à la maison, entre les visites, avec le moins de structure et le moins de retour.
Une feuille d'exercices ne peut pas vous dire si vos symptômes montent ou descendent. Elle ne se souvient pas des cinq dernières séances. Elle ne remarque pas que vous rechutez toujours quand l'intensité augmente trop vite. Elle ne transforme pas l'expérience quotidienne dispersée en information utile pour votre clinicien.
EyeRehab a commencé comme l'outil que j'aurais voulu avoir : exercices vestibulaires et oculaires guidés, suivi des symptômes, garde-fous de progression, et une manière de ramener de meilleures données aux personnes qui vous aident à récupérer.
Ce n'est pas un remplacement pour les médecins, optométristes, physiothérapeutes ou spécialistes vestibulaires. C'est même l'inverse. Je l'ai créé parce qu'un bon professionnel a enfin reconnu le schéma, et parce que la récupération s'est améliorée quand le parcours de soins est devenu plus structuré.